
Mercredi 17 juin 2026, le Parlement européen a approuvé le règlement “Retour” sur les retours de migrantes et migrants pour lesquels le droit d’asile a été refusé. Cette réforme de l’Union européenne inclut notamment la possibilité pour les États membres de conclure des accords pour installer des centres, aussi appelés “plateformes de retour” ou “hubs de retour”, hors des frontières de l’Union.
Porté par les eurodéputés de droite et d’extrême droite, cette adoption représente un durcissement drastique de la politique migratoire de l’Union européenne. Plus précisément, ces centres de rétention, situés dans des pays extérieurs à l’UE, accueilleront des migrants en séjour irrégulier dans l’un des pays de l’Union, en grande partie ceux dont la demande d’asile a été rejetée. Les hubs pourront fonctionner pour les migrants expulsés soit comme étape avant un prochain retour ultérieur vers le pays d’origine, ou bien comme destination finale. Dans un communiqué de presse le 1er juin 2026, le Parlement européen a insisté sur le caractère bilatéral des accords qui seront conclus entre un État membre de l’UE et un pays extérieur aux frontières de l’Union. De plus, le Parlement européen affirme que ces accords ne pourront être conclus qu’avec des pays respectant les droits humains et le principe de non‑refoulement, une condition que de nombreux acteurs jugent incompatible avec la pratique de l’externalisation en elle-même.
Les antécédents du texte
Ce sont les voix du Parti Populaire Européen (PPE), famille politique de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, et des Conservateurs et Réformistes Européens (CRE), alliées aux groupes d’extrême droite, Europe des Nations Souveraines (ENS), et les Patriotes pour l’Europe qui ont permis la validation du texte au Parlement. Pour rappel, les partis PPE et CRE étaient eux-même à l’origine de la mobilisation pour le durcissement du Pacte sur l’asile et la migration.
Si ce texte est considéré comme une avancée en matière de politique migratoire par ces partis, il est vu comme un recul pour les droits humains par la gauche. Le texte, très controversé, a été adopté lors d’une séance plénière à Strasbourg par 418 voix pour et 218 voix contre. Afin de reposer le contexte, l’adoption de ces centres de retour intervient deux ans seulement après l’adoption du Pacte sur la migration et l’asile. Ce dernier se définit comme étant un ensemble de nouvelles règles régissant la gestion des migrations et établissant un régime d’asile commun à l’échelle de l’UE.
Une opposition stricte au nom des droits de l’Homme
Approuvée par plusieurs États membres dont l’Allemagne par exemple, même si ce dernier souffre de réserves internes causées par des positions divergentes entre les partis de la coalition au pouvoir : le Parti Social Démocrate (SPD) et CDU (Union chrétienne-démocrate d’Allemagne) / CSU (Union chrétienne-sociale), cette adoption reste fortement critiquée du côté d’autres États membres, en premier lieu l’Espagne, qui dénonce un retour en arrière concernant les droits de l’Homme, et craint une dégradation inévitable de ces derniers. En effet, le gouvernement de Pedro Sánchez, Premier ministre socialiste espagnol, a récemment annoncé la régularisation des situations de 500 000 migrants résidants sur le territoire espagnol.
La position espagnole est notamment soutenue par un rapport de l’ONG Action Aid et de l’Université italienne de Bari, publié en juillet 2025, qui épinglait justement les centres de rétentions italiens déjà existants en Italie. Sans mentionner le coût de ces centres, c’est en priorité le caractère “ingérable et structurellement violent” de ces centres qui choque et dénonce une absence de respect des droits fondamentaux. Ces oppositions de la part de la gauche sont notamment portées par les voix des partis écologistes, en particulier à travers des personnalités telle que Mélissa Camara, eurodéputée écologiste, qui dénonce le texte adopté comme étant un “recul historique pour les droits fondamentaux des personnes exilées”.
Quelle logistique pour ces “hubs de retour” ?
Votés au Parlement européen, la création et l’installation des hubs de retour dépendra d’arrangements décidés pays par pays. Des pays hôtes tels que le Rwanda, l’Ouganda ou l’Ouzbékistan sont mentionnés, et recevront une compensation financière pour l’accueil d’un centre de rétention, même si le coût réel de ces centres sera à la charge du pays européen à l’origine de l’accord.
Néanmoins, même si ces projets s’annoncent bénéfiques politiquement pour les partis d’extrême droite et leur pays, il a déjà été démontré que les solutions d’externalisation mises en place par le Royaume-Uni au Rwanda et par l’Italie en Albanie se sont avérées trop coûteuses et inefficaces.
Sous l’impulsion du PPE, la législation, votée à travers le règlement « Retour » le 17 juin dernier, concernant les centres de retour a été durcie. Ladite législation prévoit en effet l’application de sanctions plus strictes contre les sans-papiers refusant de quitter le territoire de l’UE, y compris des saisies de documents d’identité.
Une mise en application précipitée
Si le délai d’application de cette nouvelle législation était prévu pour entrer en vigueur d’ici un an, le Parti Populaire Européen a insisté pour rendre possible l’exécution d’un maximum de dispositions sous quelques semaines, notamment précipité par la pression électorale et la volonté d’afficher des résultats politiques concrets. Dès à présent, plusieurs dispositions ont été autorisées, dont le respect des droits fondamentaux des sans-papiers, le soutien à Frontex, et la création de centres de retour hors UE, néanmoins, ces derniers restent exposés à des recours devant la CJUE ou à des contestations nationales.
En définitive, ces hubs de retour cristallisent une fracture politique profonde au sein de l’Union européenne et de ses institutions. Les divisions entre partis de gauche et ceux de droite et extrême droite n’ont jamais été autant d’actualité.
Les prochains mois révéleront si l’Union est en mesure de transformer cette réforme controversée en politique opérationnelle, ou si les hubs de retour resteront plutôt un symbole de division entre les États membres plus qu’un instrument de gestion migratoire.


